Ferté-Alais, le temps des hélices 2016

On a rarement eu si froid sur le plateau de Cerny à la Pentecôte, de mémoire de spectateur. Nous n’avons pas, de surcroît, échappé à un tout petit épisode humide le dimanche midi, mais quand on sait quelles conditions ont régné en région parisienne vendredi, tout le monde s’est accordé pour dire que finalement, on s’en est très bien sorti.

affiche-meeting-2016-2-a586fCependant, ce temps capricieux a eu une influence sur le plateau. Plusieurs appareils ont été bloqués sur leurs bases respectives et n’ont pu rejoindre l’Essonne en raison de la présence de cellules orageuses sur leur parcours. D’autres, comme le Messerschmitt 109 annoncé en grande vedette de ce meeting, ont été empêchés par un pépin technique. Mais à bien regarder les avions évoluer devant nous au long des deux jours de cette grande fête aérienne, il aurait bien été de mauvaise foi d’émettre le moindre sentiment de déception. Car de jolies choses à voir et à photographier, nous n’en avons vraiment pas manqué.

En dehors des tableaux habituels sur la Grande Guerre, les années folles, la seconde guerre mondiale et l’inévitable – et toujours aussi spectaculaire – Tora-Tora-Tora, le programme comportait son lot de surprises et de nouveautés.

Cette année, malheureusement, le meeting a été ouvert par une patrouille de Zlin en hommage à Léon Mathis, pilote disparu en novembre dernier au cours d’un vol d’essais d’ULM, et qui était un des acteurs importants des fêtes aériennes de la Ferté-Alais.

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Ensuite, le meeting a suivi son cours avec la première apparition publique du nouveau pilote du Rafale Solo Display « Marty » qui a donc pris le relais de « Tao ». Cette fois-ci, son Rafale était un avion « stock » sans décoration spéciale. Pour son premier meeting, « Marty » a assuré le spectacle mais il ne fait aucun doute que sa démo va s’améliorer de meeting en meeting et on va vite se régaler autant qu’avec ses prédécesseurs.

Côté chasse moderne, il faut bien constater que la Marine nationale a encore fait très fort. Trois Rafale M samedi, quatre dimanche ont effectué une démonstration tactique d’une très belle tenue mais l’arrivée groupée avec un Atlantique et les trois warbirds français à cocardes à hameçon, Zéphyr, Paris et Alizé, a été un très grand moment.

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Quatre Rafale, un Atlantique, un MS Paris, un Fouga Zéphyr et un Alizé, pour évoquer l’Aéronavale française, difficile de faire mieux… sinon une paire de SEM en plus !

Seul regret, à quelques semaines du retrait de service du Super Etendard, il aurait été formidable de pouvoir contempler une dernière fois les lignes de cet avion qu’on aura du mal à oublier.

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Ni le plus beau, ni le plus rare, ni le plus performant, mais un gros potentiel pour se faire plaisir en vol !

La Marine était aussi présente par ce MS733 qui a évolué en patrouille avec un autre de ses congénères. Finalement, on apprécie de revoir régulièrement cet avion très classique. Mais chromé comme ça, c’est vraiment joli !

Pour en revenir à l’armée de l’Air, en dehors de la présence de la Patrouille de France, présente le samedi uniquement, on a pu compter sur un authentique avion de guerre puisqu’un Transall du « Poitou » est venu se montrer histoire de rappeler que depuis plus de 40 ans, il a été de tous les combats. Au crépuscule de sa carrière, le vieux soldat exhibe sa peinture fatiguée comme les cicatrices et les médailles d’un vieux baroudeur revenu de tout.

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A quelques légers détails on sent bien que cet avion a baroudé… beaucoup baroudé !

Mais ce qui fait venir les spectateurs à un spectacle appelé « le temps des hélices », c’est bien sûr le métal hurlant de la seconde guerre mondiale. Un Spitfire Mk.V, un P-51D Mustang, deux Yak-3, un Yak-11, un P-40 et un Curtiss Hawk 75 ont assuré la présence de la cavalerie tandis qu’une piste trop détrempée et donc trop meuble, nous a privé du plaisir de voir évoluer le Sea Fury et les Skyraider et surtout du roulage du B-17 dont la grande révision va encore prendre de longues années. C’est un peu frustrant, mais il y a des éléments avec lesquels on ne discute pas.

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Cette merveille est à vendre et son propriétaire, Stephen Grey, ne verrait aucun inconvénient à ce qu’elle reste en France. Des volontaires (aisés) dans la salle ?

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Le Spitfire Mk.V défile devant la foule pendant que derrière lui, le P-51D Mustang effectue un large virage. La démonstration combinée des deux chasseurs alliés les plus connus de la 2e guerre mondiale est aussi un hommage à leur fabuleux moteur, le Rolls Royce Merlin.

Mais finalement, c’est sur la période de l’âge d’or de l’aéronautique, l’entre deux guerres, que le plateau de cette Ferté a été le plus riche et le plus enthousiasmant ; Bien sûr, ces avions ne sont pas forcément des combattants encore que côté hauts-faits d’armes, le Catalina de France Warbirds peut en remontrer à plus d’un ! Avant d’être une vedette de la télévision et du cinéma, cet avion est vraiment allé au feu ! Contre les U-Boot pendant la guerre ou ceux des forêts canadiennes juste après.

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Le PBY Catalina. Le poids de l’histoire, l’élégance des lignes. Un mélange qui ne peut laisser indifférent.

Mais, si il ne portèrent pas forcément l’uniforme, certains de ces avions sont autant des morceaux d’histoire que d’indéniables témoignages du talent et du sens esthétique des ingénieurs de leurs époques.

Resté au statique il y a deux ans le DH84 Dragon a été cette année présenté en vol. Un avion très rare et élégant comme nombre de créations du britannique De Havilland.

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Restauré avec l’aide de la compagnie irlandaise Air Lingus, le DH84 Dragon nous rappelle que la Ferté fut longtemps un nid de Dragon Rapide

L’élégance du Junkers 52 est sans doute plus discutable, surtout au sol. En vol, dans son élément, sa lenteur et ses trajectoires larges lui confèrent une certaine grâce. Deux exemplaires étaient présents, donc celui de Ju Air qui, comme chaque année a procédé à de nombreux baptêmes de l’air pour d’heureux passagers qui ont ainsi découvert comment on voyageait dans les années 30.

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Un meeting à la Ferté-Alais ne serait pas vraiment le même sans les baptêmes en Junkers !

Mais c’est du côté des USA qu’il faut se tourner pour trouver quelques merveilles issues des années folles. Arrivé la semaine dernière directement des USA, par un trépidant convoyage aérien transatlantique, le splendide Beech 18 est la toute nouvelle acquisition d’Aero Vintage Airways qui proposera bientôt des voyages privés atypiques à son bord.

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Il était accompagné du Lockheed Electra, tout aussi rutilant que lui. Ces deux avions sont sans doute ce qu’on a fait de plus luxueux à l’époque, même si, ensuite, le Beech 18 a été parfois transformé en brouette. Mais on ne peut utiliser une brouette que si elle est fiable et solide, ce qui en dit long sur ses qualités. Le Lockheed est sans doute plus délicat mais il appartient à une lignée qui, jusqu’au Lodestar, a été innombrable et mise aussi à toutes les sauces.

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L’an prochain, si tout va bien, un deuxième Electra volera en France, on a déjà hâte de les voir évoluer ensemble dans le ciel de l’Essonne.

Autre bonne surprise, ce Laird LC-RW 300 Speedwing qui a été récemment restauré. Encore un pilote qui s’est fait un grand plaisir et qui nous le fait partager !

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Dimanche, le vent plus léger a permis l’envol de trois machines précieuses, le Caudron G3, le Bleriot XI et le Spad XIII. Peut-on se lasser du miracle permanent de l’envol des faucheurs de marguerites ?

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L’année prochaine, cet avion sera centenaire !

La participation du Sea King Mk48 de l’aviation militaire belge n’est pas, non plus, passée inaperçue et ce fut sans doute une des dernières occasions de le voir évoluer car son remplacement par le NH90, après 40 ans de service, a déjà débuté.

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Un Seaking belge au crépuscule, au propre comme au figuré.

Le programme comportait aussi les trois avions de la patrouille Reva, les Wingwalkers de Breitling, des Stampe, des Bucker, le Bronco de Montélimar accompagné par un T-28, de la voltige en planeur, un Extra de l’équipe de voltige de l’Armée de l’Air et celui d’Aude Lemordant, championne du monde de voltige, un Pitts, des Stearman, un Bébé Jodel, les quatre Fouga de la Patrouille Tranchant, des Chipmunk, un Storch, plein de T-6, de quoi occuper les spectateurs pendant toute la durée de l’après-midi sans temps mort !

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Le Bronco de Montélimar et le T-28 ont évoqué la guerre du Vietnam.

Le clou du spectacle a été assuré, comme l’an dernier, par les appareils de la Sécurité Civile qui ont eu un peu plus de temps pour poser leur démo. Le Dragon a effectué un treuillage puis a servi d’appareil pointeur pour les deux bombardiers d’eau, le Tracker qui a effectué l’attaque initiale et le CL-415 qui a effectué le largage massif et décisif.

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Exercice d’hélitreuillage avec un EC-145 de la Sécurité Civile.

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Après leurs largages respectifs, les deux bombardiers d’eau de la Sécurité Civile ont salué le public avec un passage en formation serrée exécuté de main de maître.

Mais l’appareil qui a vraiment fait tourner toutes les têtes, c’est bien le Boeing 747-400 de la compagnie Corsair. Après le retrait de ceux d’Air France, les 3 Jumbo de Corsair sont donc les derniers représentants du « Roi du Ciel » immatriculés dans notre pays. Ceci valait bien un bel hommage !

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L’an passé, Europe Airpost avait frappé les esprits avec son 737 et sa déclaration d’amour à la Ferté. Ce n’est sans doute pas passé inaperçu dans les autres compagnies aériennes françaises. Mais pour faire plus spectaculaire qu’un Boeing 747, ça va être compliqué maintenant !

Comme l’an passé, cette édition du Temps des Hélices a été marquée par un plateau tout à fait conforme à la tradition. Le principal bémol, en dehors de l’éternelle présence des haut-parleurs en face du public, a donc été la météo. Il en faudra donc plus pour empêcher les passionnés de se dire : vivement l’an prochain !

Une réflexion au sujet de « Ferté-Alais, le temps des hélices 2016 »

  1. BRAVO !!
    super sympa ton reportage complet et efficace, avec des commentaires « qui vont bien » !
    @micalement, Christian

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