Ferté-Alais, le temps des hélices 2019

Il fallait faire un choix en ce weekend de Pentecôte. Aller en Normandie assister à la venue d’une trentaine de DC-3  voire aux commémorations officielles du 75e anniversaire du Débarquement, mais il était difficile d’éviter de se rendre au traditionnel meeting de la Ferté-Alais ! Bien sûr, les prévisions météo n’étaient guère optimistes et on verra qu’elles ont joué un rôle important dans l’organisation du programme, mais nous pouvons lever le suspens dès maintenant, tout le monde s’accorde à dire qu’on… s’en est plutôt bien tiré !

Le Beech 18 de l’AVA symbolise bien l’esprit de la Ferté, cet avion étant beau, rutilant, héritier d’une longue histoire, il mérite bien d’être mis en valeur ici.

Comme souvent, j’ai fait le choix de venir samedi et d’utiliser les transports en commun. La surprise a été de constater qu’il n’y avait plus de trains depuis Paris et qu’un changement était désormais obligatoire à Juvisy pour rejoindre la gare de la Ferté-Alais depuis la gare de Lyon ou Châtelet. A l’heure où on fustige les carburants non renouvelables, ce n’est sans doute pas avec une réorganisation de ce type qu’on découragera les automobilistes de faire le choix des transports en commun. Ce changement ne semble pas avoir été compensé par une augmentation des fréquences de desserte. Désormais, la Ferté-Alais se trouve plus loin de Paris qu’elle n’a été depuis longtemps, et toujours desservie au rythme d’un train par heure !

Arrivé en bas de la colline, je me suis acquitté des 28 € demandés. Autant vous dire qu’on vous conseille d’acheter en avance, ce qui vous permettra d’accéder à l’enclos statique sans surcoût. Néanmoins, on peut toujours continuer de comparer ce prix à celui d’un concert ou d’une place au Parc des Prince : Qu’on se le dise, les meetings aériens demeurent des spectacles financièrement encore abordables, et ce n’est pas là le moindre des miracles !

A 13 heures, le spectacle a commencé et de quelle manière ! Arrivant de l’ouest, la Patrouille de France escortait un 777 d’Air France. Quel superbe défilé ! Quelques minutes plus tard, l’ensemble repassait dans l’autre sens mais cette fois, la PAF était en retrait et effectuait un « Apache Roll » du plus bel effet. L’ouverture du rideau ne devait pas être manquée !

Deuxième passage du Boeing 777 et de la PAF, cette fois-ci, en « Apache Roll ». C’était juste sublime !

Alors que certains politiciens en mal de polémiques ont récemment démontré qu’ils prenaient désormais le monde aéronautique en grippe, le commentaire de Bernard Chabbert prenait tout ce petit monde à contre pied, évoquant l’humanisme de la conquête de l’air et sa dimension onirique. Le conteur a montré la puissance de son évocation ! Un Grand Moment !! On peut toujours reprocher à Chabbert d’être très approximatif sur l’histoire de l’aviation, nous y reviendrons, il sait vendre du rêve au grand public !

La suite du programme fut plus classique avec de belles démonstrations de warbirds et d’avions classiques ; Outre les Yak, le P-40, le Hawk 75, le Corsair des Casques de Cuir, la présence d’un Spitfire et surtout du F8F Bearcat de la Fighter Collection ont donné un cachet deuxième guerre mondiale et grosse mécanique tout à fait remarquable à un meeting aérien qui a fait de la diversité sa règle d’or et son point fort.

Décollage du F8F Bearcat avec Nick Grey aux commandes.

Même époque, même couleur, même impression de puissance, le F4U-5NL Corsair a lui aussi tenu son rang de vedette du show !

Un très rare Nord 1101 Ramier a participé à évoquer à la fois l’aviation allemande de la 2e guerre mondiale – ses racines germaniques sont évidentes – mais aussi la renaissance de l’industrie aéronautique française d’après-guerre à laquelle il contribua.

Alors que nous en étions à l’évocation du débarquement avec deux DC-3 en vol, une première grosse averse d’une dizaine de minutes obligea le directeur des vol à une première interruption du programme.

Spitfire Mk XVIe de 1945, remis en état de vol en 2009 et désormais basé à Biggin Hill.

La livrée du F-AZTE a été récemment débarrassée de tout signe reliant cet appareil à Air France.

Le DC-3 d’Alain Battisti remonte la piste sous une pluie battante ! Ça n’empêche pas l’équipage de pavoiser aux couleurs françaises et américaines, deux jours après les cérémonies du Débarquement.

Une seconde averse eu lieu un peu plus tard, entraînant une nouvelle interruption des vols.

Décollage en pleine averse de ce Cessna O-1 Birdog à la dentition agressive.

Cette fois ci, en pleine évocation de la guerre du Vietnam, cette averse, dense mais pas si longue, nous a privé du Bronco et surtout du Moynet Jupiter récemment remis en vol à Angers et de quelques avions les plus anciens dont le Junkers F.13 mais les grandes vedettes étaient là et les tableaux mythiques, comme le Tora Tora Tora et ses T-6, purent se dérouler sans encombre.

Et parmi les nouveautés notables du show, on pouvait noter que la population de T-28 avait doublé depuis l’an dernier. On ne va certainement pas s’en plaindre !

Un premier grand moment eu lieu avec le défilé en hommage à Serge Dassault, décédé l’an passé et par extension à son père Marcel. Guidés par un Flamant, le premier avion à porter ce nom d’avionneur à la réputation flatteuse, le Rafale du RSD, un Mirage 2000-5 des Cigognes, un Falcon 10 de la Marine et le prototype du Falcon 8X, dernier né de l’écurie de Saint-Cloud, en formation survolèrent Cerny. Simple, sobre, mais terriblement efficace.

Patrouille Dassault impliquant le constructeur, la Marine, l’armée de l’Air et un avion de collection aux mains de propriétaires privés. Superbe. Et un beau moment de pilotage, pensée émue au cocher du 2000 qui a dû en baver pour tenir la formation.

L’armée de l’Air française était bien présente avec son démonstrateur officiel, le Rafale Solo Display, mais c’est le Transall qui lui a volé la vedette en effectuant un joli posé sur la piste du plateau de l’Ardenay. Le C160, en fin de carrière, demeure une machine à laquelle beaucoup sont attachés et continuer à le voir évoluer ainsi en meeting est le plus bel hommage qu’on puisse rendre à cet appareil !

Par ses capacités, le Transall reste très apprécié notamment par les équipages des Forces Spéciales françaises.

Oui, l’air était un peu humide !

Mais la Marine n’était pas en reste avec un Falcon 10 glissé dans la patrouille « Dassault », sa démonstration tactique avec deux Rafale M, un Breguet Atlantique, véritable « couteau Suisse » aérien selon Bernard Chabbert qu’on aura du mal à contredire sur le coup, et les avions anciens, MS733 et Fouga Zéphyr, histoire de bien mettre en valeur les capacités et le patrimoine aéronautique portant une cocarde dite « à l’hameçon ». Dommage, que les deux commentateurs dédiés n’ont, une fois de plus, pas été à la hauteur avec un texte mal préparé, mal prononcé parfois et finalement sans grand intérêt mais pourtant récité avec une emphase frôlant le ridicule.

Il faut aussi évoquer le cas de ce biplace allemand des années 20 Klemm 25, un appareil rarement observé à la Ferté mais qui a su faire parler de lui de façon spectaculaire.

Le Klemm 25 avant que le pilote ne déclenche l’affichage de son sponsor.

Il dispose en effet d’un système de LED sur son hélice lui permettant d’afficher le logo de son sponsor, un constructeur automobile qui a, autrefois, motorisé bien des avions et dont le lien avec l’aéronautique est bien connu. C’est assez spectaculaire quand on le découvre en plein vol et difficile à immortaliser puisqu’il faut adopter des vitesses d’obturation basses. Les réactions à cette démonstration ont été pour le moins contrastés entre les anti-pubs et les pragmatiques…

En jouant avec la rotation de l’hélice, les LED affichent le logo du sponsor, un dispositif amusant mais dont on espère qu’il ne se développera pas trop sur d’autres aéronefs historiques.

Mais l’avion que tout le monde attendait est arrivé après une longue finale, le nouveau F-86 Sabre de Frédéric Akary et de Mistral Warbirds était enfin là, devant nous. Cette nouvelle addition au milieu des avions de collection français est une superbe nouveauté et on a très hâte de le revoir voler !

L’avion de Fred Akary est théoriquement un Canadair CL-13 Mk.6. Il est enregistré à la FAA comme F-86E Sabre MK.6… pas simple !

Outre sa dénomination, l’autre sujet à interrogation est la décoration portée par l’avion, loin de l’alu nu de la guerre de Corée. Il s’agit d’une livrée authentique portée par les avions du 461st FDS, à titre expérimental, en 1965.

La démonstration fut courte mais constituée de jolis passages mettant en valeur la silhouette particulière de ce petit chasseur si important dans l’histoire de l’aviation militaire de l’après-guerre. Dommage que le commentateur s’est fourvoyé à conter en détail une anecdote douteuse et contestée ; il y avait tant d’autres choses à raconter autour de cet avion.

Autre sensation de la Ferté 2019, la démonstration de l’homme volant Francky Zapata. Bruyant, mais spectaculaire, son Flyingboard a donné envie à beaucoup de l’imiter !! Là encore, petite nouveauté pour les meetings français, mais une attraction qui a marqué le foule des curieux !

En fin de programme, et qui ne fut pas sans provoquer un peu de nostalgie à ceux qui ont connu la Patrouille de France sur cette monture, autour d’Hugues Duval et de l’inénarrable Jack Krine, la patrouille Tranchant évoluant désormais à 5 avions fut une belle façon de clore le meeting avec une démonstration tout en élégance !

Les Tranchant à 5 avions, un spectacle d’une finesse incroyable !

Comme toujours à la Ferté, les tableaux et avions habituels se mélangent aux nouveautés plus ou moins évidentes. C’est ce qui fait que le meeting est toujours différent, toujours renouvelé mais toujours familier.

Il faut savoir aussi patienter et penser à photographier les avions servant aux liaisons avec les différents aérodromes où sont basés les appareils ne pouvant pratiquer la courte piste en herbe de la Ferté, mais aussi ceux des spectateurs venus avec leur propre machine volante ou celle de leur club.

Les plus patients ont même été récompensés par l’arrivée de ce très rare Spitfire biplace, arrivé après le spectacle, sous une lumière superbe de fin d’après-midi de printemps.

Le Spitfire biplace arrive en fin de journée afin de participer au meeting du lendemain.

Les spectateurs du dimanche ont bénéficié d’un spectacle plus complet et une météo plus clémente. En fait, à la Ferté, il faut y aller les deux jours. Dommage que la SNCF rende le périple désormais si compliqué !

A l’année prochaine !

 

2 réflexions sur « Ferté-Alais, le temps des hélices 2019 »

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