Retour sur Axalp 2012

L’Axalp, c’est une démonstration aérienne unique et incroyable. C’est aussi le meeting aérien le plus court au monde, et c’est clairement celui qui demande le plus d’efforts pour l’atteindre. Mais une fois là haut, pour peu que la météo soit aussi douce qu’en ce mois d’octobre 2012, c’est un moment qui fait oublier très vite la fatigue de l’ascension nécessaire pour accéder aux pentes qui longent le célèbre champ de tir de l’aviation militaire suisse.

Plusieurs fois par an, les pilotes militaires suisses exercent leurs talents au tir sur cible au milieu des Alpes pour valider leurs aptitudes professionnelles. Le champ de tir, situé au-dessus du village de l’Axalp, dans le massif de la Jungfrau, est donc l’un des plus exigeant au monde, et s’exercer-là montre quel niveau de pilotage il faut pour pouvoir assurer la défense aérienne du territoire helvétique. Traditionnellement, la session d’entraînement du mois d’octobre est ouverte au public. En gros, les Suisses n’ont pas le défilé du 14 juillet, alors ils grimpent la montagne pour voir leurs avions !

Si l’accès à la manifestation est gratuit, le service de navettes depuis la vallée, en bus, est cependant payant, mais à un prix raisonnable. Le prix de 20 Francs Suisse (aujourd’hui, ça fait 20 €, le change était plus favorable en 2012) demandé pour passer de 500 mètres à 1600 mètres d’altitude sans se fatiguer comprend aussi, divine bonne surprise, le prix du remonte-pente permettant ensuite de passer de 1600 à 1900 mètres sans gaspiller une goutte de sueur. Autant dire que le gain de temps et de fatigue rend ce tarif totalement indolore. Car pour passer de 1900 mètres aux 2200 mètres du site prévu pour accueillir la foule des spectateurs, c’est une autre paire de manches. Pente forte, chemin boueux à la limite du praticable… Et surtout le manque d’oxygène qui se fait sentir très tôt quand on est un citadin qui a passé 99,99% de son existence à proximité du niveau de la mer !

Une première session de tirs se déroule en milieu de mâtinée pour des pilotes de F-18 et de F-5. Malheureusement, la plupart d’entre nous étions encore en train de peiner dans les champs à vaches à ce moment là, mais ces avions filant au-dessus de nous et tirant au canon contre les cibles que nous pouvions déjà apercevoir était un moment juste dantesque et nous a plongé dans l’ambiance, en particulier sonore, d’une journée décidément pas comme les autres.

Une fois arrivé, entre les paysages sublimes et l’ambiance familiale, les deux heures, deux heures et demie de marche s’oublient vite. En haut, le panorama est délicieux et la lumière d’une douceur exceptionnelle. La température est clémente. Il est l’heure de casser une petite croute avec les sandwiches achetés la veille sur une aire d’autoroute tandis que nos voisins, sans complexe, sortent le fromage, le pain et le caquelon pour une fondue !  L’ambiance est très cool, les gens se parlent, d’autres font la sieste. On est bien ! vraiment bien !

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Enfin à pied d’œuvre ! Le meilleur emplacement est devant la tour, mais il faut encore marcher. Alors nous restons là, sans regret. On distingue à droite les cibles 1 et 2.

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Derrière nous, 1500 mètres plus bas, la ville de Brienz et son lac. Couleurs garanties sans trucage ni retouche.

Ce sont les hélicos qui occupent le ciel dans la matinée après les premiers exercices de tirs, ils acheminent les VIP invités par l'aviation Suisse. Il ne faut pas être jaloux, grimper, c'est faire du sport et c'est bon pour la santé !

Ce sont les hélicos qui occupent le ciel dans la matinée après les premiers exercices de tirs, ils acheminent les VIP invités par l’aviation Suisse. Il ne faut pas être jaloux, grimper, c’est faire du sport et c’est bon pour la santé !

Axalp Hornet tir

Arrivent ensuite les F-18 et leurs pilotes d’active. Il est 14h00 pétante ! Pétante, c’est le mot !

Ils dégagent ensuite par les vallées et les crêtes, en fonction des cibles tirées. Chaque appareil fait une passe de tir sur chacune d’entre-elles selon des trajectoires obligatoirement précises.

Axalp Hornet vortex max

Les manœuvres sont sèches, violentes, brutales même, ce que l’humidité relative de l’air souligne clairement alors.

 Impacts d'obus d'exercices de 20mm sur la cible 1.

Impacts d’obus d’exercices de 20mm sur la cible 1.

A noter que ce meeting est très difficile à photographier, en raison des contre jour, du manque de soleil et des ombres des montagnes, d’où la nécessité de disposer d’objectifs super lumineux, si possible, ou de monter en Iso. S’ajoutent à ça la vitesse de défilement des avions et leurs trajectoires serrées. C’est sportif ! Mais le résultat en vaut vraiment la chandelle. Les photos présentées ici ont toutes été faites avec un Nikon D7000 équipé d’un Sigma 120-400 f/4,5-5,6 stabilisé, sauf les deux premières vues générales faites avec un Nikon D70 et un Nikkor 18-105 f/3,5-5,6. Ces photos ont été recadrées et mis à part l’ajout de la signature et d’une légère compression n’ont pas été plus retouchées.

Arrivent ensuite les F-5 pilotés par des réservistes, les fameux pilotes miliciens. Le bruit est impressionnant et résonne dans le massif. C'est l'occasion de percevoir vraiment la vitesse du son... Au moment où on entend le tir, les obus sont déjà sur la cible...

Arrivent ensuite les F-5 pilotés par des réservistes, les fameux pilotes miliciens. Le bruit est impressionnant et résonne dans le massif. C’est l’occasion de percevoir vraiment la vitesse du son… Au moment où on entend le tir, les obus sont déjà sur la cible…

Après les tirs, les F-5 dégagent par la vallée...

Après les tirs, les F-5 dégagent par la vallée…

… Ou en passant les crêtes en face de nous. Comme le public est positionné largement à contre-jour, c’est effectivement depuis ces emplacements que les meilleures photos peuvent être faites, mais ils sont à plus de 2400 mètres d’altitude et pour y accéder, il faut être un vrai alpiniste…

Les derniers achèvent la séance par un tir d’obus « bons de guerre ». Ce n’est ni le même bruit, ni la même puissance, clairement !

Juste pour vous donner une idée du caractère impressionnant de l’affaire, on peut  préciser que les avions qui ouvrent le feu sur la cible 2 sont alors derrière la foule et que les obus nous ont donc survolés. Comme les spectateurs sont sur le versant, ils sont protégés par le flanc de montagne mais à bien y réfléchir, j’imagine la crise d’apoplexie dans le bureau du préfet des hautes-Alpes lorsqu’un responsable de l’Armée de l’Air viendra lui expliquer vouloir organiser une manifestation identique dans son département. Faudra filmer la réunion, ça pourrait être drôle !

Les avions reviennent ensuite pour ouvrir la seconde partie du spectacle, le meeting aérien proprement dit. L’exercice de tir n’a duré que 20 minutes, mais près d’une vingtaine d’avions différents sont passés et les temps morts ont été très courts entre les différentes passes. On en a déjà plein les yeux… et plein les oreilles !

PC-21

Le Pilatus PC-21 ouvre le bal. L’avion d’entraînement le plus moderne produit par la société suisse, cet appareil a tout d’une Ferrari, des performances, de la classe et même la couleur ! Il se pourrait qu’il s’exporte bientôt dans notre pays… sans doute le meilleur choix possible.

Axalp Gripen

Mais la grande vedette, l’attraction, c’est ce Gripen biplace suédois, présageant le Gripen NG que les militaires suisse venaient de sélectionner au détriment du Rafale et de l’Eurofighter quelques jours plus tôt. Et puis une votation a eu lieu en 2014… Démonstration en vol très molle, mais le pilote suédois n’était pas un familier du site !

Axalp Sar Suisse

Les Pilatus PC-6 enchaînent ensuite en larguant quelques paras, tandis qu’un EC-635 fait la démonstration de ses capacités de sauvetage grâce à un équipier volontaire qui fait un baptême de l’air dans une position originale.

SuperPum Bambi

Plus original encore, les hélicoptères de manoeuvre lourds de l’aviation suisse sont capables d’assurer des missions de lutte anti-incendies (l’été, les résineux dans les Alpes, c’est du combustible facile) avec des Bambi-Bucket. Les pilotes ont la particularité d’être qualifiés pour les largage de nuit sous JVN, ce qui n’a rien de très commun.

Solo Puma

Ils laissent ensuite la place au Solo, extrêmement spectaculaire, en particulier lors de sa remontée le long de la pente en larguant les leurres.

Axalp Passager F-18 leurres

Il laisse ensuite la place au Solo Display F-18 qui, lui aussi, fait un usage sympathique de ses leurres thermiques !

Axalp F-18 passage vortex

Et régale la foule de passages rapides sublimés par la condensation. La démo du F-18 Suisse a toujours été un joli moment de pilotage, sur un avion qui bouge naturellement déjà bien. A l’Axalp, la démonstration prend une tournure encore plus prodigieusement spectaculaire.

Pat Suisse

Puis c’est à la Patrouille Suisse de clore le spectacle en évoluant en formation serrée au cœur des Montagnes.

Miroir Pat Suisse

Certaines figures qu’on pourrait penser anodines, comme ce vol relatif en miroir, deviennent un tour de force quand il s’agit de franchir une crête dans cette position.

Axalp patrrouille Suisse

Après un dernier passage, le spectacle se termine. Les vols n’ont duré qu’une heure et demie. Seulement ? Mais en 90 minutes, on en a vu bien plus que dans bien d’autres manifestations  aéronautiques ! Et ça valait vraiment la peine de gravir cette montagne !

Bien sûr, il y a les exercices de tirs sur cibles qui sont absolument stupéfiants et qui représentent un spectacle rare et terriblement spectaculaire, mais il y a aussi ces démonstrations en vol au cœur des montagnes et celle-ci offrent un environnement hors du commun à cette exhibition. Un exercice de précision de pilotage sans équivalent.

Il faut ensuite redescendre. La marche du retour est bien moins difficile en fait même si en descendant les éboulis vers le torrent j’ai été doublé par un chamois qui m’a ouvert la route et qui, en se cassant la gueule sur une trajectoire très difficile, m’a gentiment montré le chemin à ne pas suivre. Inutile de penser prendre le remonte-pente pour gagner du temps et de l’énergie, il est pris d’assaut par la foule ! Autant redescendre à pieds vers le village où les navettes attendent les marcheurs les plus rapides. Comptez deux bonnes heures de marche et un peu d’attente ensuite, le temps que les bus descendent et remontent. A 19h pétante, nous avions rejoint notre voiture près de la gare de Brienz, de l’autre côté du lac, 12 heures exactement après avoir embarqué dans la navette le matin même. 12 heures, et plus de temps à marcher qu’à regarder les avions finalement, mais…

Et puis, il y a ce que les photos ne montrent pas, l’organisation Suisse, assez stupéfiante avec un côté germanique pour la rigueur des opérations et un côté « cool » un peu latin. Curieux mélange mais tellement plus efficace que si c’était l’inverse !

Un exemple : la veille, l’exercice, qui devait normalement s’étaler sur deux jours, avait été annulé pour cause météo. Il avait beaucoup plu. Mais vraiment beaucoup. Les champs en bas de la montagne qui avaient été balisés pour recevoir les nombreux véhicules des spectateurs étaient devenus impraticables. Dans l’après-midi, la décision a été prise de garer les voitures un peu plus loin… sur les pistes de la base de Meiringen. Dans l’après-midi, les F-18 prévus pour voler le lendemain ont donc décollé pour se positionner à Payerne et effectivement, dès le petit matin, les spectateurs de l’Axalp se sont garés sur les pistes et le taxi-way de la base, les pneus bien au sec, prêts à repartir.

Imaginez la même chose en France ?

Vous y arrivez ?

Pas moi !

Le prochain exercice aura donc lieu au mois d’octobre prochain. Il n’a pas eu lieu en 2013 en raison justement de la météo, ni l’année suivante car toute les équipes de l’aviation militaire helvétique étaient accaparées par l’organisation du meeting aérien géant Payerne 14.

Axalp Meiringen PC-7 vaches

Un PC-7 se pose à Meiringen par une météo un peu humide. Les vaches dans le champ à côté ne lèvent même pas la tête. Quand c’est un F-18 qui décolle, elles ne bougent pas non plus. Tranquilles !

En plus de profiter des paysages superbes, ce fut aussi l’occasion de spotter à Meiringen la veille de l’exercice et de découvrir les particularités des bases suisses sans barrières et où les routes traversent les pistes comme elles traverses les lignes de chemin de fer. Bon, l’aspect ouvert des installations militaires suisses a aussi ses limites, les cavernes creusées à flanc de montagne où les avions sont garés à l’abri de toute attaque sont, quant à elles, extrêmement protégées et l’enceinte qui les protège, aucun terroriste et aucun gangster ne parviendra à la franchir… Mais côté piste, un immense enclos était prêt pour recevoir les spotters venus en nombre. Très près de la piste. Mais ceci n’a rien d’exceptionnel car de nombreuses fermes se trouvent à proximité immédiate des taxi-way. Espérons que les éleveurs sont intéressés par les avions, parce que sinon, quel dommage !

F-18

Spotter près d’une base suisse, c’est une expérience à vivre, même sous la pluie !

Les vaches sont placides, même pas effrayés par le bruit des jets, et quand il n’y a pas d’avion, elles peuvent aussi regarder passer les trains qui circulent dans la vallée. A noter qu’il y a une auberge-restaurant juste à côté des bâtiments de la base et que la cuisine familiale qu’on y propose est tout à fait sympathique, j’ai gardé leur carte de visite, on ne sait jamais !

Le prochain exercice aura donc lieu les 7 et 8 octobre prochains. Alors si vous avez la possibilité d’y aller, que vous vous sentez assez en forme pour une petite randonnée en Montagne,  n’hésitez pas trop, l’Axalp est une expérience en soi, et un meeting aérien qui se mérite. Qui le mérite !

 

Un grand, énorme, merci à Christian pour cette inoubliable opération !

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