La disparition de Saint-Ex

Avec une régularité métronomique, Antoine de Saint Exupéry refait parler de lui. Aujourd’hui, la sortie du film d’animation « Le Petit Prince » relance l’intérêt jamais démenti du public pour l’aviateur et son œuvre. Du coup, de nombreux articles fleurissent à nouveau autour du pilote et de sa mystérieuse disparition à bord du F-5B 42-68223 près des îles du Frioul au large de Marseille.

Oui, mystérieuse disparition, j’insiste.

En dépit des révélations fracassantes d’un ancien pilote de la Luftwaffe en 2008, s’accusant alors d’être l’homme qui a descendu l’avion de reconnaissance ce 31 juillet 1944, la disparition de St-Ex demeure un mystère.

Il faut dire que les éléments de preuve apportés par ce pilote étaient bien ténus. Un livre avait été publié à grand fracas de communication, avec un titre cinglant « Saint-Exupéry, l’ultime secret » qui s’est révélé être une simple biographie de plus sur l’aviateur – pas forcément la plus mauvaise non plus d’ailleurs – mais où « l’ultime secret », celui, bien sûr, de sa disparition, prenait bien… 6 lignes !

Suis-je le seul à être resté sur ma faim ?

Carnet de vol égarés, revendication de la victoire introuvable, témoignage tardif, sans balayer définitivement cette hypothèse, tout ça ressemblait bien à une opération de communication destinée à vendre du papier. D’ailleurs, lors de la conférence de presse des auteurs organisée au Musée de l’Air à l’époque, l’historien et co-auteur du livre nous avait bien expliqué qu’il était au début du fil de laine et qu’il comptait bien tirer la pelote du mystère jusqu’au bout. Nous sommes en 2015, il s’est donc écoulé 8 ans et nous n’avons plus de nouvelles. Le pilote allemand est depuis décédé. Fin de l’histoire ?

Pas tellement puisque désormais, régulièrement, on nous assène comme une vérité, que l’auteur du Petit Prince a été « vraisemblablement été abattu par un pilote allemand. »

S’agit-il de la thèse de 2008 ?  Du reliquat de l’affaire Eichele, hypothèse issue d’un journal fantaisiste allemand des années 80 et reprise ensuite par le magazine historique Icare lui offrant ainsi, malheureusement, une légitimité indue ? Il est rare que les rédacteurs le précisent.

Et bien non !

Le combat aérien reste une hypothèse possible, mais bien d’autres explications le sont tout autant. l’accident ou la panne ne peuvent être exclus non plus, de même que l’hypoxie fatale. Saint-Ex était un gros fumeur, ses besoin en oxygène étaient donc largement supérieurs à la moyenne ce qui lui avait déjà joué des tours lors d’une mission précédente. Chasse ennemie ou non, les raisons de mourir à bord d’un avion de combat dans les années 40 étaient de toute façon nombreuses.

D’ailleurs, si elle était grandement incomplète, l’épave du F-5B semble n’avoir révélé aucun impact de balle. Ce n’est pas une preuve en soi, mais c’est un élément qui me semble important.

D’autant plus que le principal mystère n’est pas tant la raison de la chute de son avion que la localisation de l’épave. Si celle-ci semble désormais avoir été correctement identifiée – ce qui n’avait rien d’évident au départ si on se souvient des circonstances de sa découverte et des débats qui ont suivi – le fait de la retrouver près de Marseille reste un sujet d’étonnement. Il suffit de regarder une carte et se souvenir que la mission du jour était une reconnaissance dans la région de Chambéry. Que faisait-il du côté des Calanques ? Du tourisme ? J’ai du mal à le croire.

D’autres auteurs ont également évoqué le suicide. C’est une hypothèse qu’on peut écarter à moins d’imaginer Saint Exupéry, survivant de l’aviation postale française, trahir volontairement ses compagnons d’escadrille et ses compatriotes en se sacrifiant à bord d’un avion qu’il savait également très précieux, à quelques semaines du Débarquement de Provence, alors même que les troupes alliées marchaient sur le sol de son pays – même si le sort de la bataille de Normandie n’était pas encore scellé. Même si son moral n’était pas forcément au beau fixe comme le montrent ses dernières lettres, mais quel combattant n’a pas aussi des moments difficiles, j’ai vraiment du mal à l’imaginer.

Le mystère de la disparition demeure donc… Non, Saint-Ex n’a pas été « vraisemblablement abattu par un pilote Allemand », il est « disparu en mission » comme des milliers d’autres pilotes et de combattants à cette époque-là, ce qui ne le rend pas moins estimable pour autant.

15 réflexions sur « La disparition de Saint-Ex »

  1. Bonjour,
    Enfin un article que je trouve suffisamment lucide pour y laisser un petit quelque chose :
    à savoir les miens de petits articles avec la question centrale « que faisait il ce 31 07 44 » peu après l’heure de midi au dessus de l’ile de RIOU ?
    Les historiens devront un jour y répondre avec un chapelet d’hypothèses étayées, avec un esprit d’analyse et de synthèse ……avec la hantise de l’erreur et non avec un esprit mercantile assorti d’une visée ostentatoire….bien à vous.

    L’histoire a horreur des erreurs issues des légèretés à sensation.

    Pascal HA PHAM
    https://plus.google.com/111604803526858580360/posts/MHZHtMz6Ab2
    et
    https://plus.google.com/111604803526858580360/posts/iXkaXJFTsnt
    et :
    https://plus.google.com/111604803526858580360/posts/dcBqWPnbmhV

    • Vos commentaires n’apparaissent qu’aujourd’hui car ils comportent des liens externes ce qui leur vaut d’être placés par défaut… à la corbeille…

      • Merci à vous d’avoir fait apparaitre ma petite prose dans les lignes de votre blog :
        depuis (début 2007) j’ai réussi à acquérir de nombreux livres post WW2 sur la bibliographie de Antoine de Saint EXUPERY En particulier un livre signé Pierre CHEVRIER datant du tout début ds années 50.
        Or Pierre CHEVRIER c’est un pseudo = « il » était une femme, et pas n’importe laquelle : c’était sa riche maîtresse Hélène (Nelly) de Vogüé décédée en 2003. Dans son livre publié quelques années après la mort d’Antoine elle évoque brièvement les escapades de ce dernier pour survoller AGAY et LA MOLE.
        Elle y souligne même qu’Antoine de Saint Exupéry réclamait ce type de mission dans l’espoir de faire le plus souvent possible le petit crochet aérien. La correspondance entre Antoine et Nelly fût assez volumineuse et est consignée à la bibliothèque nationale de France. Dans ses dernières volontés Nelly de Vogüe à exigé que tous ses précieux documents (dont les courriers et photos reçu de Saint EX) ne soient rendus publiques que 50 ans après sa mort….donc pas avant 2053….peut être en apprendra t on un peu plus dans…36 ans ! patience et sourire font plus que force ni que rage tout dans cette curieuse histoire. bien à vous

          • Entre le franchissement de la côte sur le chemin prévu du retour pour sa mission du 31 07 1944 et l’ile de Riou il ya environ 170 kms à vol d’oiseau….le chateau familial de LA MOLE (ST TROPEZ) est au milieu. AGAY sensiblement au milieu du premeir segment (entre le point de franchissement de la côte et LA MOLE).
            deux sauts de puces faciles et rapides pour un tel avion.
            L’hypothèse très pertinente d’un ennui technique et/ou une défaillance humaine au niveau de LA MOLE prend alors tout son sens : le pilote automatique dont était muni ce type d’appareil fonctionnait 10 minutes maxi et il maintenait l’avion en ligne droite et en palier…ensuite il a été avéré que, malheureusement, le P38 se mettait tout seul en piqué……
            Sinon : quelques aperçus du livre d’époque signé « Pierre CHEVRIER »
            https://plus.google.com/u/0/111604803526858580360/posts/L8m3d57Azpx
            Bien à vous

  2. Bonjour,
    Antoine de SAINT EXUPERY : sa dernière mission ….
    et UNE DOUBLE QUESTION que personne n’a encore posée

    Un nouveau sujet d’interrogations au sujet de la dernière mission de Antoine de Saint EXUPERY : le redoutable complexe radars Allemand de MARTIGUES aurait du détecter l’avion d’Antoine, et il est impensable qu’Antoine se soit jeté dans la gueule du loup de cette façon !
    le développement du sujet est accessible par ce lien :
    https://plus.google.com/u/0/111604803526858580360/posts/fb9USD9YjJB

    bien à vous
    Pascal HA PHAM

  3. Bonjour,
    nota important :
    une autre l’hypothèse est quelquefois avancée pour expliquer la présence de Antoine de Saint Exupery au large de Marseille le 31 07 44 vers midi : il aurait décidé d’effectuer un complément de reconnaissance ? suite à une précédente mission photographique « loupée ». sur Marseille ? …..cette hypothèse me semble tout à fait farfelue car l’appareillage photos embarqué avait une capacité limitée en durée de prises de vues : il était impossible d’inscrire les photos de 2 missions sur les mêmes bobines (trop petites pour cela)…..alors ?

    • une mission militaire ne s’improvise pas et j’ai du mal à imaginer un pilote prendre l’initiative d’aller photographier un objectif loin de son itinéraire sans ordres. Il faudrait reprendre le cahier de marche de l’unité (SHD) ou fouiller dans le livre de Patrick Ehrhardt sur la 33e Escadre de Reconnaissance pour voir si une telle mission sur Marseille aurait pu nécessiter un complément de couverture.

  4. Bonjour,
    C’EST LA BENZEDRINE QUI A TUE ANTOINE DE SAINT EXUPERY, qu’on le veuille ou non….voir le départ d’une de mes enquêtes dans le livre de Pierre CHEVRIER page 265 ligne 16 …..et la suite de cette longue enquête sur les drogues de combat qui passe par la tragique nuit du 28 au 29 07 44 au cours de laquelle il y eu plus de 80 HERHAUSSCHUSS sur des LANCASTER du BOMBER COMMAND….et la moitié au moins de ABSHUSS dont un est tombé non loin de chez moi !
    https://plus.google.com/u/0/111604803526858580360/posts/TMqsgavksrM

  5. bonjour,

    C’EST LA BENZEDRINE QUI A TUE ANTOINE DE SAINT EXUPERY….suite

    Complément d’éclairage suite à mes précédents posts :
    La benzédrine était bien dans les « paquetages » des aviateurs Anglo Saxon au cours de la WW2.
    voir ce lien :
    http://www.cometeline.org/cometevasionaids.html
    Extrait :
    Kit d’évasion :
    Cette pochette en acétate transparent, d’environ 13,7 cm de longueur, 11,2 cm de largeur et d’une épaisseur de 3,3 cm, pouvait facilement être placée dans la poche inférieure latérale de la veste d’uniforme, ou dans une poche spéciale du pantalon de battle-dress. Elle contenait notamment des aliments énergétiques permettant de se sustenter durant 2 ou 3 jours.
    (Photo : Imperial War Museum, London)

    Contenu de l’ “ESCAPE KIT” de base :
    A : 24 tablettes de farine lactée
    B : Caramels à base de foie de veau
    C : Allumettes
    D : Chewing gum
    E : Ligne à pêche et baguette
    F : Friandises (chocolat, bonbons)
    G : Boussole
    H : Aiguille à coudre et fil
    I : Rasoir et savon
    J : Tablettes d’Halazone (pour purifier l’eau)
    K : Tablettes de Benzedrine (pour l’énergie)
    Une bouteille à eau en plastique souple, sous les tablettes de Benzedrine.

    (Croquis extraits de “Downed Allied Airmen and Evasion of Capture : The Role of Local Resistance Networks in World War II” – Herman BODSON – McFarland & C°, Inc. – Jefferson, NC – USA – 2005)

    VOILA, il reste maintenant à confirmer l’origine et les quantités de BENZEDRINE consommées par ST EX.

    TRIVIALEMENT PARLANT :
    Comment Antoine de Saint EXUPERY, consommateur « assidu » de BENZEDRINE dans les derniers mois de sa vie, se procurait il la précieuse marchandise ?…..uniquement par l’armée ? NON , alors ? la riche et influente Nelly de VOGUE y était elle pour quelque chose dans ce dramatique jeu perdant de fourniture la drogue euphorisante, calmante et tonifiante à l’extrême (mais qui coutait fort cher) ? OUI.

    La dernière mission d’ANTOINE DE SAINT EXUPERY se déroula donc dans un contexte fort compliqué :
    CONTEXTE OPERATIONNEL :
    Ce dernier jour de juillet 44, des batailles aériennes se déroulaient au dessus du VERCORS et dans la base vallée du RHONE. Un désordre notable de toutes les unités de combat Allemandes était perceptible = la guerre était perdue pour eux. Les offensives alliées étaient devenues quotidiennes, de leurs côté les résistants français oeuvraient maintenant jour et nuit et les isolaient / les désorganisaient de + en +
    CONTEXTE PERSONNEL :
    La consommation de BENZEDRINE est devenue courante (en augmentation ?) chez ANTOINE DE SAINT EXUPERY….en aurait il abusé lors de sa dernière mission du 31 07 1944 ? c’est très probable.

    A MEDITER

    • l’usage d’amphétamines par les aviateurs alliés n’est nullement un secret. Clostermann en parlait dans le Grand Cirque dès 1948… Néanmoins, le rythme des opérations des pilotes de reconnaissance ne nécessitait absolument pas ces prises. Votre hypothèse reste donc une simple hypothèse. Comme souvent, dans votre titre « C’EST LA BENZEDRINE QUI A TUE ANTOINE DE SAINT EXUPERY », il manque juste un « peut-être » pour rendre vos affirmations un peu plus recevables.

  6. Bonjour,
    Compte tenu de vos remarques, j’ai reprécisé les choses concernant les amphétamines de combat dont disposait ANTOINE de SAINT EXUPERY sur la fin de sa vie, et donc le post a été enrichi : https://plus.google.com/u/0/111604803526858580360/posts/TMqsgavksrM
    Mon nouveau document s’appuie sur la lecture d’une soutenance datant de février 2010 (très intéressante thèse sur les drogues et leur effets pervers). L’auteur n’est autre que Mathieu Guerriaud maitre de conférence à l’université de BOURGOGNE (dijon). Le sujet est resté TABOU trop longtemps. Pour mieux comprendre les choses, il faut sans cesse collecter de nouveaux indices, les digérer, les analyser en profondeur, et éventuellement les intégrer dans le puzzle Bien à vous

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